Rencontres Sociales

Interviews

Hugues Sibille : " Faire de l’économie sociale et solidaire une Force »

10 juillet 2011

Nous publions ici l’interview de notre ami Hugues sibille, Vice-président du Crédit Coopératif recueillie par notre partenaire Jean-Paul Biolluz de la Scop Aria-Nord

Vice-président du Crédit Coopératif et, par ailleurs, membre du Comité de pilotage des Etats Généraux de l’économie sociale et solidaire, Hugues Sibille tire des conclusions positives des trois jours de débats qui se sont déroulés au Palais Brongniart. Il a accordé une interview à Nord-Social.info dans laquelle il explique la manière dont il envisage la suite du processus des Etats Généraux et donne son point de vue sur les perspectives et la démarche à mettre en œuvre.

Nord-social. Info : quel bilan tirez-vous des Etats Généraux de l’économie sociale et solidaire ?

Hugues Sibille : « Le bilan des Etats Généraux est largement positif. Une dynamique collective a été amorcée. Les objectifs fixés par le comité de pilotage ont été globalement atteints. La matière des Cahiers d’Espérance est foisonnante et riche, même si nous ne sommes pas allés jusqu’au bout de leur valorisation. Il faut voir ce que l’on peut en tirer maintenant ». « La plupart des courants de l’économie sociale et solidaire étaient présents à ces Etats Généraux. La dimension internationale aussi ». « De nouvelles coopérations se dessinent. Ce fut le cas, notamment, avec le Conseil national des chambres de l’économie sociale et solidaire et le Mouvement pour une économie solidaire qui ont parlé d’une même voix ».
« Dans le village de l’innovation sociale plus de 40 expériences innovantes conjuguant économie et utilité sociale ont été mises en évidence ».

« La gouvernance n’a pas encore trouvé une forme satisfaisante »

Nord-social.info : un bilan positif, mais y a-t-il eu des manques à ce premier rassemblement ?

Hugues Sibille : « La fraternité, les émotions étaient au rendez-vous avec des gens qui partageaient les mêmes valeurs et les mêmes objectifs. La présence de Claude Alphandéry, de Stéphane Hessel et d’Edgar Morin fut un moment symbolique de ce partage de valeurs ». « Pas mal de choses sont à améliorer. La gouvernance n’a pas encore trouvé une forme satisfaisante. La place des femmes était insuffisante. Les entreprises n’étaient pas suffisamment représentées, qu’il s’agisse des grandes entreprises de l’économie sociale, des coopératives, des entrepreneurs de l’économie sociale et solidaire. Mais, nous avons pu constater parmi les participants une envie de poursuivre très forte ».

Nord-social.Info : vous avez expliqué qu’il fallait que l’économie sociale et solidaire se prépare aux prochaines crises ?

Hugues Sibille : « On peut être inquiet sur l’hypothèse de nouvelles crises. Quand on voit la situation de plusieurs pays européens, on sent qu’il existe un risque de vagues de crises financières successives. On peut constater, aujourd’hui, qu’au niveau de l’endettement public, de ce qui se passe en Europe et au niveau de la finance internationale, que la situation est sérieuse ».
« La responsabilité de l’économie sociale et solidaire est forte. Si ce système se fissure l’existence de propositions alternatives devient majeure. On peut élargir ce point de vue à la situation énergétique. Je suis frappé par la crise du nucléaire. Une approche plus décentralisée devient une nécessité ». _« Aussi bien sur les questions financières, avec la finance solidaire, avec la finance éthique, avec les monnaies complémentaires que sur les questions énergétiques, des solutions alternatives sont désormais devenues une nécessité (Enercoop par exemple). La crise ne laisse pas de choix. Il faut que l’économie sociale et solidaire se prépare pour avoir des solutions à proposer ».

« Gagner la bataille des idées »

Nord-social. Info : comment, et sur qu’elles propositions ?

Hugues Sibille : « J’ai dit depuis un an que l’économie sociale et solidaire devait essayer de gagner la bataille des idées. Il faut sortir d’une situation où l’on considère qu’il n’y a qu’un seul système économique pour faire admettre l’économie plurielle. Cette bataille des idées, on ne l’a pas encore gagnée ».
« Les macros économistes ne prennent pas l’économie sociale et solidaire au sérieux. Les politiques croient à l’économie sociale et solidaire dans sa dimension locale mais pas au niveau national. Il faut donner un déboucher à l’économie sociale et solidaire pour qu’elle devienne une Force ».

Nord-social.info : quelles forme peut pendre ce débouché ?

Hugues Sibille : « L’économie sociale et solidaire est forte sur le terrain, elle foisonne d’initiatives sur les territoires, mais elle a du mal à déboucher politiquement. Sur les grandes négociations nationales (emploi, logement, dépendance…), elle n’est pas suffisamment unie et présente autour de la table. Il faut construire un Mouvement pour que les pouvoirs publics la consultent et discutent avec elle ». « L’économie sociale et solidaire doit inventer de nouvelles formes d’organisation, modernes, différentes reposant sur un système de démocratie plus fort avec une vraie parité homme/femme et des modes de fonctionnement démocratiques reposant sur l’expression des adhérents sur les réseaux sociaux, sur le vote électronique.
Si l’on ne veut pas que les Etats Généraux restent sans suite, il faut fonder une nouvelle alliance pour préparer le printemps 2012. J’ai suggéré une Assemblée constituante, c’est un symbole. L’objectif est de déboucher sur une maison commune, une alliance efficace ».

« Construire une Nouvelle Alliance »

Nord-social. Info : comment construire cette nouvelle Alliance ?

Hugues Sibille : « Claude Alphandéry a proposé l’élargissement du comité de pilotage des Etats Généraux pour poursuivre l’action et le travail dans les territoires. Il ne faut pas que cela se résume à un accord au sommet entre réseaux nationaux, mais que des actions sur les territoires préparent un projet. Nous avons neuf mois pour nous retrouver à Paris et peser sur les échéances électorales de l’année 2012 ».

Nord-social. Info : que faire de l’ensemble des propositions élaborées dans les 400 Cahiers d’Espérance ?

Hugues Sibille : « Deux traitements sont possibles. Un traitement national qui dépendra des moyens disponibles. Il s’agira de travailler avec les réseaux investis dans l’économie sociale et solidaire à fin de poursuivre les synthèses des grandes problématiques relevées dans les Cahiers d’Espérance et les faire avancer concrètement ».
« Aujourd’hui, l’économie sociale et solidaire doit répondre aux nouvelles aspirations, aux nouveaux besoins des questions de société. Par exemple, sur la question de la gouvernance des entreprises, l’économie sociale et solidaire peut ouvrir des pistes à travers les coopératives ». « Mais il faut aussi proposer des solutions nouvelles pour le logement, l’alimentation, l’intégration des jeunes… »

Quel avenir pour les Etats Généraux ?

Nord-social.info : comment envisager l’avenir des Etats Généraux ?

Hugues Sibille : « La dynamique enclenchée doit se poursuivre. Nous ne sommes qu’au début d’un processus. Pour cela on peut déjà faire converger les agendas. Le Mois de l’économie sociale et solidaire en novembre peut promouvoir les Etats généraux de l’économie sociale et solidaire ».
« Comme, il va y avoir des élections présidentielles, il faut que les propositions de l’économie sociale et solidaire soient mises sur la table et génèrent du débat public, sans attendre tout d’un futur président. A nous d’abord de nous organiser ».

Nord-social. Info : lors de ces états généraux il a été souligné que l’économie sociale et solidaire devait cesser d’être un nain politique et œuvrer pour la mise en marche d’un mouvement de transformation sociale. Sous qu’elle forme ? Avec qui ?

Hugues Sibille : « J’ai souvent fait la comparaison entre le mouvement agricole et l’économie sociale et solidaire. Quand on fait la comparaison entre le poids économique des deux secteurs, on constate que le poids de l’économie sociale et solidaire est aussi important que celui du milieu agricole. Mais quand on regard l’histoire, on relève l’importance politique du monde agricole, due, en grande partie, à sa capacité à se rassembler et à avoir des lobbies efficaces ».
« Jusqu’à présent l’économie sociale et solidaire a été incapable de réaliser un tel rassemblement. L’heure est venue de le faire, car pour peser sur la situation il faut être en capacité d’influer sur les décisions ».

L’économie sociale et solidaire est un projet global

Nord-social.info : justement, comment l’économie sociale et solidaire peut-elle peser sur les pouvoirs politiques ?

Hugues Sibille : « L’économie sociale et solidaire est un projet global ayant des dimensions locales, nationales, européennes. Pour qu’elle accroisse son influence, il faut qu’à l’assemblée nationale, il y ait une présence plus forte auprès du législateur. Il faut qu’au sein des services de l’État, il y ait davantage de fonctionnaires qui connaissent l’économie sociale et solidaire et le mouvement coopératif par exemple ».
« L’économie sociale et solidaire ne progressera pas s’il n’y a pas de traduction politique au niveau exécutif et législatif, mais aussi à Bruxelles, où l’on voit bien que sur la question des services d’intérêt généraux, il serait important que la France permette à l’économie sociale et solidaire de peser pour contrer la logique libérale dominante ».

Propos recueillis par Jean-Paul BIOLLUZ

www.nord-social.info

Dans la même rubrique

Sur le web (fils RSS et sites associés)

Actualités

Tous les articles de la rubrique

Livres et publications

Tous les articles de la rubrique

Creative Commons License Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons
Ce site est réalisé avec logo spip logiciel sous licence GNU/GPL - Contact - Plan du site - Rédaction