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Et si ma banque ne demandait pas d’intérêts pour un emprunt ?

10 juin 2010 - Frédéric Sultan

Par Andrea Paracchini | Reporters d’espoir | 17/01/2010 | 12H48
Une banque coopérative suédoise propose des crédits sans intérêts grâce à un système astucieux. L’initiative commence à essaimer. Même dans un secteur à la réputation sulfureuse comme la banque, des exceptions existent. Pour en découvrir une, un petit détour au royaume de Suède s’impose. Une banque coopérative y collecte l’épargne des membres afin de proposer des prêts à d’autres membres. Sans demander d’intérêt.

L’idée

Dans la petite ville de Skövde, pas très loin de Göteborg, siège la banque coopérative Jak, pour Jord-Arbete-Kapital, soit « terre-travail-capital ». Reconnue par les autorités bancaires en 1997, elle collecte l’épargne de ses membres et l’utilise pour octroyer des crédits. Comme toute autre banque coopérative. Sauf qu’elle déclare « ne pas demander d’intérêt sur ses prêts ».

Certes, il y a des frais à payer, mais ils sont fixés à l’avance et ne dépendent pas de la solvabilité du client.

De plus, la banque a mis au point un système de gestion de l’épargne et des crédits qui lui permet d’avoir toujours assez de dépôts, sans être obligée de chercher de l’argent sur le marché interbancaire -pratique poussée jusqu’à l’extrême par certains établissements.

« Une banque qui veut être toujours solvable »

« Lors de la dernière crise, on a constaté que les banques dépendaient trop du marché et trop peu de leur dépôts », confirme ainsi le professeur Jean-Paul Pollins, directeur du laboratoire d’économie d’Orléans et membre du Cercle des économistes

Un risque que Jak ne veut pas prendre, comme l’explique Ludwig Schuster, expert allemand des systèmes d’échange locaux et de finance alternative pour l’agence RegioProject et le think-tank MonNetA :

« Une banque de ce type veut être toujours solvable, et se limite à faire circuler l’argent entre épargnants et demandeurs de crédits. »

Comment la mettre en pratique ?

Pour garantir ces conditions,Jak a repris un système d’attribution de points-épargne testé pour la première fois par une petite coopérative danoise. L’objectif : maintenir un équilibre entre l’argent qui rentre dans les caisses de la banque sous forme d’épargne et celui qui sorte sous forme de crédits.

Miguel Ganzo, chargé des relations internationales de la banque, explique le fonctionnement :

« Chaque mois, toute couronne déposée génère un point-épargne qui s’accumule sur le compte du membre. A l’inverse, une couronne prêtée soustrait des points du compte tant qu’elle n’a pas été remboursée. »

Par conséquent, si un membre souhaite emprunter de l’argent sans avoir cumulé assez de points-épargne, chaque mois il sera non seulement tenu de rembourser son crédit, mais aussi de verser sur son compte une épargne compensatoire du même montant.

Cela garantit à l’établissement de disposer toujours d’une certaine liquidité. Pour la même raison, l’emprunteur doit également acheter l’équivalent de 6% de son prêt en participations à la banque (« dépôt d’équité »). Un dépôt censé lui être reversé à la fin du remboursement.

Un exemple de crédit : pas d’înterêts, mais une épargne en plus

Compliqué ? Prenons un exemple concert : calculons ce qui se passe pour un crédit moyen chez Jak (14 000 euros à rembourser sur une période de onze ans) et lorsque le membre n’a pas épargné un seul centime au préalable (0 point d’épargne cumulé).

Voici les détails :

Dépôt d’équité du prêt. 6 % de 14 000 € = 840 €

Frais du prêt. 14 000 € x 131 mois (onze ans) x 0,015 (facteur fixe) = 2 310 € (17,5 € par mois) Remboursement mensuel. 14 000 € / 131 mois = 106 € Epargne compensatoire mensuelle. 14 000 € / 131 mois = 106 €

Montant total versé par mois. 17,5 € + 106 € + 106 € = 229,5 €

En onze ans, le crédit est remboursé, le membre a épargné 14 000 euros sur son compte (qu’il pourra retirer trois mois après) et se voit reverser les 840 euros du dépôt d’équité. Si le membre a déjà de l’épargne lorsqu’il demande un prêt, son épargne obligatoire mensuelle sera d’un montant inférieur.

Un fonctionnement inspiré de celui des « tontines » africaines

« Au premier abord, je serais porté à comparer le fonctionnement de cette banque à celui des [“tontines” ->http://fr.wikipedia.org/wiki/Tontine, ces communautés d’épargne locale où les membres du village cotisent pour financer les projets de l’un d’entre eux », affirme Jean-Paul Pollins.

Malgré sa petite taille, la banque Jak gère l’argent de quelque 35 000 épargnants suédois. « Avec, en plus, l’engagement d’être toujours solvables », précise Ludwig Schuster, alors que dans une tontine on ne peut pas récupérer son argent tant que le bénéficiaire du prêt n’a pas tout remboursé.

Jak s’impose une rigueur budgétaire draconienne : en 2008, les 2,45 millions d’euros de coûts opérationnels ont été couverts…

à hauteur de 20% par les cotisations annuelles des membres (18 ou 23 euros par membre) de 70% par les frais de dossiers des crédits de 10% seulement sont venus des intérêts générés par le placement de 15% des dépôts dans des obligations d’Etat suédoises

Difficile pour autant d’imaginer que des géants comme la Société Générale ou le Crédit coopératif puissent devenir adeptes de ce modèle. Georges Pujals, chercheur associé à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE ne se fait pas d’illusions :

« Dans une banque qui gère quatre ou cinq millions de clients, c’est impossible. Ce type de banque peut marcher uniquement en s’adressant à une clientèle restreinte, militante, solvable et surtout très fidèle. »

Pour garder la clientèle : promixité et participation

Pour garder cette clientèle, qui pourrait être tentée d’aller voir la concurrence pouvant proposer des conditions plus alléchantes, la banque Jak joue la proximité et la participation.

A la place des agences (remplacées par un portail Internet), elle a créé 27 groupes locaux animés par quelques 700 bénévoles. Ils font la promotion de la banque tout en remotivant les anciens membres, décrit Miguel Ganzo : « En 2009, on a constaté que le nombre de membres qui nous ont quitté a presque dépassé celui de ceux qui nous ont rejoint, alors que ces cinq dernières années on gagnait 1 400 à 2 600 membres par an.

Même constat pour le volume des prêts : 12,4 millions d’euros en 2009 face au 23,3 millions d’euros de l’année d’avant. C’est probablement un effet des taux extrêmement bas proposés en ce moment par les banques commerciales. »

Malgré ce coup d’arrêt, il reste tout de même des publics pour qui la banque Jak offre des atouts indiscutables :

les associations, à qui leurs adhérents peuvent offrir les points qu’ils ont cumulés les collectivités, qui peuvent offrir leurs points aux entreprises souhaitant accéder à des prêts à faible coût

Ce que je peux faire

Inutile de se faire des illusions, la banque Jak n’a pas pour objectif d’ouvrir des filiales à l’étranger. Mais le virus suédois se répand. En Italie, une association culturelle inspirée de Jak est née et travaille à la mise en place d’une coopérative.

Les Allemands sont allés un peu plus loin. Début 2005, la o/ZB (pour ohne Zins Bank, la « banque sans intérêts ») a ouvert à Stuttgart. Pas vraiment une banque, elle est plutôt un réseau de petites communautés d’épargne et de crédit.

Viviane Vandemeulebroucke, coordinatrice de l’Association internationale des investisseurs dans l’économie sociale (Inaise) : « Ce n’est pas facile de créer une banque, même au niveau local. On doit toujours respecter les réglementations bancaires qui, suite à la crise, sont devenues plus contraignantes. Y compris vis-à-vis des petites banques alternatives, jugées plus fragiles et donc soumises à plus de contrôles. »

A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89 :

Pour punir les grandes banques, prends ton oseille et tire-toi Tous les articles de Rue89 sur les banques l’Association internationale des investisseurs dans l’économie sociale

Source : Cet article a été repéré par Philippe Piau philpiau @wanadoo.fr

1 Message

  • Simple suggestion : vous devriez suivre également ce qui se passe en France, à propos des prêts sans interet, dits aussi prets d’honneur. Ca fait l’objet d’un bon gros débat dans les réseaux du microcrédit, par exemple sur mon blog, après un article sur Rue89 qui avait énervé l’Adie

    http://benoit.granger.micfin.eu/pos...

    La semaine prochaine, on reprend le sujet à Londres entre chercheurs sur la microfinance en Europe, si ça vous branche !

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