Rencontres Sociales

Tribune

Le renouvellement des dirigeants, défi n°1 de l’économie sociale et solidaire

13 juin 2011 - Tarik Ghezali

A la veille des Etats généraux de l’ESS, Tarik Ghezali, délégué général du Mouvement des entrepreneurs sociaux, nous propose une tribune sur ce qu’il considère être nécessaire au développement de l’ESS, à sa visibilté et à sa capacité de bouger le société.

Dans un monde en tension où tout s’accélère et se recompose, il manque aujourd’hui dans l’économie sociale et solidaire (ESS) institutionnelle, une fougue nouvelle, portée par une nouvelle génération, qui fasse déborder le fleuve ESS de son lit.

Les berges de l’ESS paraissent bétonnées depuis 30 ans, par les mêmes discours, les mêmes querelles et les mêmes visages. En 30 ans, le monde a pourtant totalement changé. L’ESS ne doit pas craindre de miser sur la jeunesse pour la faire évoluer et même la faire déborder - dans tous les sens du terme. Tout le reste ne risque d’être sinon que littérature…

Ce sont les jeunes qui aideront à créer une nouvelle langue autour de l’ESS, plus accessible et plus attractive.

Ce sont les jeunes qui remettront en cause les baronnies, revivifieront des états-majors parfois fatigués.

A l’instar des rassemblements de la Puerta del Sol et de toutes les places Tahrir, ce sont les jeunes qui bousculent et pèsent sur l’agenda politique quand ils se mobilisent (exemple en France avec le CPE).

De même, ce sont les jeunes qui, à la fois fragilisés dans leur avenir et porteurs d’un futur souhaitable, peuvent se retrouver naturellement dans l’ESS et sa double réponse (une résistance, une espérance).

Comment changer une société à laquelle on ne ressemble pas ?

S’il existe encore peu de chiffres sur le sujet, pour celles et ceux, habitués à fréquenter le microcosme ESS, le constat est simple et sans appel : les CA des institutions de l’ESS sont constitués au ¾ d’hommes, de plus de 50 ans, avec pour la plupart des formations et des parcours proches.

Des études menées dans le monde associatif corroborent ce constat : 31 % seulement des fonctions de président d’associations sont occupées par des femmes (17 % dans le sport, 3 % pour les associations de chasse & pêche !). Mais le salariat de ces associations est à 70 % féminin !

Les jeunes apparaissent de même absents de la direction des associations : les moins de 36 ans ne représentent que 7 % des présidents et les moins de 46 ans seulement 20 %. La majorité des présidents ont plus de 55 ans en moyenne (contre 30 % de la population masculine et 35,7 % de la population féminine totale). 46 % des présidents sont retraités…

Dans les autres « familles » d’économie sociale (coopératives, mutuelles, entreprises sociales…), on connaît des tendances similaires …

Comment comprendre une société et prétendre la changer si on ne lui ressemble pas ? Comment défendre la diversité dans l’économie si on la refuse en son sein ?

Plus que jamais, il y a besoin, aux côtés des personnes d’expérience, de faire émerger une nouvelle génération ESS, plus diverse, plus jeune, plus féminine. Ces constats tout le monde les fait depuis des années. Mais alors pourquoi rien ne se passe-t-il ?

N’en a-t-on pas assez de ces réunions ESS où l’on déplore le manque de jeunes, de femmes, où l’on regrette l’entre-soi des mêmes militants… et on ne fait absolument rien pour y remédier ?

Voici donc une proposition concrète qui pourrait être mise en œuvre pour y répondre, sous réserve bien sûr d’un minimum de volonté politique.

D’abord, produire une photographie en « tranches d’âge » et en genre de l’ensemble des membres du CA des organisations et fédérations de l’ESS. Objectif : comprendre et analyser le réel avant le changer.

Ensuite, sur la base de cette analyse, obtenir qu’une majorité de ces réseaux et fédérations de l’ESS prennent un engagement simple : celui de renouveler de manière significative leur CA (1/3, ¼... qu’importe le seuil précis, pourvu qu’il fasse sens, il ne s’agit pas de faire des quotas !), avec des objectifs précis à 1 an, 2 ans et 3 ans, dans le but de le faire davantage ressembler à la société française.

Et pourquoi pas, prendre officiellement ces engagements lors des Etats Généraux de l’ESS, les 17-19 juin prochain au Palais Brongniart à Paris ?

Assez de blablas, place aux actes, ambitieux et réalistes !

Réalistes car la relève est là et bien là. Dans les nouveaux entrepreneurs et jeunes pousses de l’ESS . Dans les équipes opérationnelles, sur les territoires comme dans les têtes de réseau : après la génération « emplois jeunes », la « génération DLA » professionnelle, efficace, engagée. Dans les militants de terrain, bénévoles, engagés dans le monde associatif, coopératif, mutualiste.

Le nouveau Fonds Jeun’ess destiné à promouvoir l’ESS auprès des jeunes constitue un levier privilégié pour mettre en lumière et accompagner l’émergence de cette relève.

Bien évidemment, il ne s’agit de provoquer ni une guerre générationnelle, ni une ghettoïsation des jeunes, ni une stigmatisation des « anciens ». Simplement, de mieux prendre en compte les réalités de la société française, de régénérer l’ESS (« ce qui ne se régénère pas dégénère », nous rappelle Edgar Morin) et de préparer l’avenir : rappelons que d’ici 2020, 650 000 départs à la retraite sont prévus, dont 100 000 cadres …

Tarik Ghezali, délégué général du Mouvement des entrepreneurs sociaux

Sur le web (fils RSS et sites associés)

Actualités

Tous les articles de la rubrique

Livres et publications

Tous les articles de la rubrique

Creative Commons License Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons
Ce site est réalisé avec logo spip logiciel sous licence GNU/GPL - Contact - Plan du site - Rédaction