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Claude Alphandéry : « Porter en commun un espoir de transformation de la société »

7 septembre 2010 - Jean-Paul Biolluz

« Porter en commun un espoir de transformation de la société », le voeu de Claude Alphandéry s’adresse aussi bien aux responsables de l’économie sociale et solidaire qu’à l’ensemble de ses acteurs.*

La réflexion lancée il y a un peu plus d’un an par le Labo de l’ESS a abouti à la formulation de « 50 propositions pour changer de cap. » Plus d’une centaine de responsables de l’économie sociale et solidaire, hommes et femmes de terrain, experts, syndicalistes, ont contribué à la réflexion et à l’élaboration de ce document. Les 50 propositions avancées visent à faire connaître et reconnaître l’économie sociale et solidaire aussi bien par les collectivités que par les citoyens, à mobiliser ses acteurs pour renforcer ses capacités d’actions, à affirmer le point de vue de l’économie sociale et solidaire sur la crise actuelle et les solutions qu’elle avance.

Un nouveau pas a été, récemment, franchi avec l’Appel lancé par 12 personnalités de l’économie sociale et solidaire pour la tenue « d’Etats Généraux, pour une autre économie ». Ces Etats Généraux pourraient tenir leur première réunion au mois de septembre. Claude Alphandéry, Président d’honneur de France Active et ancien président du Conseil national par l’insertion économique, a été à l’initiative du lancement du Labo de l’ESS. Il est l’un des 12 signataires de l’Appel pour des Etats Généraux de l’économie sociale et solidaire.

A l’issue d’un petit-déjeuner du Club de l’Economie sociale portant sur ce sujet et tenu dans les locaux du Cercle Républicain, ce mercredi 16 juin, à Paris, Claude Alphandéry a accordé une interview à Nord-Social.info.

Nord-social.info : comment analysez-vous la crise actuelle ?

Claude Alphandéry : « Les différentes crises actuelles, crises financière, sociale, économique, environnementale, ont des effets dévastateurs détruisant les emplois, creusant les inégalités, dévastant l’environnement. Les Etats et les institutions tentent d’enrayer les désordres financiers par des dispositifs de régulation, mais dans cette déroute globale, aujourd’hui, il faut constater que les bénéfices financiers n’ont jamais été aussi formidables. »

« Les Etats pratiquent une politique de relance qui entraîne une reprise chez les pays émergents, mais aussi aux Etats-Unis. Les pays européens ont réussi une stabilisation du pouvoir d’achat au prix d’une dette abyssale. »

Nord-social.info : cette « crise » de la dette devient l’enjeu central des politiques mises en place par les gouvernements. Est-ce la bonne solution ?

Claude Alphandéry : « Cette dette entraîne un changement de cap, mais pas celui que nous préconisons à travers les 50 propositions du Labo de l’ESS. On remplace la relance par la rigueur. C’est une éternelle histoire que de vouloir faire porter le poids des sacrifices par les faibles, par les plus pauvres par une diminution des solidarités. » « On connaît les résultats d’une telle politique, celle de Hoover dans les années 30, qui a mené à la Seconde Guerre mondiale. On peut légitimement se demander s’il n’y a pas d’autres moyens pour s’en sortir que cette rigueur entraînant une baisse des salaires, une baisse du nombre de fonctionnaires, une baisse des subventions. »

« Nous croyons qu’il y a une autre mode de développement possible. Il y a, sans doute, d’autres économies à faire. Le remède proposé est insuffisant. Il pose un problème de justice. Il ne donne pas les moyens à la société de sortir par le haut de cette crise dévastatrice. »

Nord-social.info : quelle forme peut prendre un autre mode de développement ?

Claude Alphandéry : « Il y a une autre perspective, il y a une autre façon de produire de la richesse, de consommer, de vivre. Il peut y avoir un autre rapport à la richesse qui entraînerait la possibilité de retrouver la confiance, de retrouver une autre dynamique. »

« Un autre rapport à la richesse passe par une remise en cause des consommations nuisibles entraînant volonté de puissance, concurrence, et frustrations. Cet autre rapport à la richesse, c’est une attitude mise au service de l’épanouissement de l’action dans une collectivité apaisée dans le cadre d’un nouveau contrat social. »

Nord-social.info : que peut être ce nouveau contrat social ?

Claude Alphandéry : « De multiples initiatives de l’économie sociale et solidaire existent dans ce sens, une économie qui, depuis sa naissance au 19ème siècle, a pour but de produire pour l’homme. C’est ce que l’on voit à travers les activités d’insertion par l’économique visant à intégrer des hommes et des femmes en difficulté, mais aussi à travers le commerce équitable, ou encore, la consommation responsable, une intervention plus respectueuse face à l’environnement. »

« Toutes ces initiatives illustrent parfaitement cette autre façon de travailler, d’innover, cette autre façon d’être. »

Nord-social.info : comment diffuser ces idées, ces pratiques ?

Claude Alphandéry : « Les principaux décideurs regardent cela avec sympathie et sont assez d’accord lorsque l’on discute avec eux. Mais ça ne franchit pas ce cap. En fait, ce débat n’est pas porté sur la place publique. »

« Cette économie qui respecte l’homme, la nature, l’environnement, il faut la faire connaître, la renforcer et montrer le lien qui existe entre ses différentes familles, ses différents secteurs d’activités. Car, même de la part des acteurs qui ont le nez dans « le guidon », préoccupés par leurs activités de terrain, il n’existe pas de manière évidente une conscience du caractère transformateur de ce mouvement, même si son aspect réparateur est bien perçu. »

« Il faut renforcer le secteur de l’économie sociale et solidaire, mais aussi faire en sorte qu’elle irrigue l’ensemble de la société. Plus généralement, elle doit refouler quotidiennement l’ère économique déterminée par le libéralisme. »

« Auparavant, même si l’économie sociale et solidaire était reconnue dans les Régions, elle demeurait marginale. Depuis les dernières élections, dans presque toutes les régions, c’est la vice-présidence chargée de l’emploi qui est aussi chargée de l’économie sociale et solidaire. »

Nord-socialo.info : il y a donc à l’heure actuelle une réelle évolution.

Claude Alphandéry : « Oui Mais, il faut aller plus loin. Pourquoi n’y aurait-il pas avec l’ensemble des forces de l’économie sociale et solidaire une grande manifestation collective. Certes, nous ne voulons pas aller trop vite en créant un seul mouvement. Il existe dans l’économie sociale et solidaire des familles avec des histoires qu’il faut respecter. Par contre, toutes ces familles ont des problèmes communs, mais aussi des espoirs communs. C’est un espoir de transformation que l’on peut porter en commun. »

« L’Appel pour des Etats Généraux de l’économie sociale et solidaire lancé par 12 responsables vise à promouvoir ce mouvement. Toutefois, il ne s’agit pas de concevoir une manifestation et une dynamique qui viennent du haut, mais d’associer largement dans les régions les hommes et les femmes de terrain à la réflexion. Le processus des Etats Généraux est fait pour durer. Une sorte d’assemblée constituante pourrait en officialiser le lancement au mois de septembre. »

Propos recueillis par Jean-Paul BIOLLUZ

Nord-social.info

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